Bruel, terroriste de l’ETA
Dans « El Lobo », film d’espionnage espagnol signé Miguel Courtois et diffusé en avant-première sur CANAL +, Patrick Bruel crée la surprise en interprétant l’inquiétant Nelson, un terroriste dirigeant de l’ETA. Impressions.
Qui est Nelson ?
Patrick Bruel : Un sale mec. C’est en partie à cause de lui que l’ETA n’est pas devenue pacifiste. Mais le film de Miguel Courtois se concentre surtout sur José Maria Loygorri, dont le nom de code est « El Lobo » (incarné par Eduardo Noriega). Manipulé par les services secrets franquistes, cet agent est contraint d’infiltrer l’ETA et de gagner la confiance du fameux Nelson, le chef de la branche dure de l’organisation clandestine.
Bruel en « bad guy », c’est plutôt rare. Pensez-vous aujourd’hui comme Kirk Douglas que le méchant soit « plus télégénique » ?
P.B. : Je n’irais pas jusque-là, mais j’avoue que composer un méchant a été très jouissif. J’aime incarner des personnages qui me permettent d’explorer des territoires inconnus. Avec lui, j’étais servi. C’est un type très noir, tordu, aux antipodes de ce que j’ai pu faire auparavant.
Interpréter un terroriste, n’est-ce pas un peu risqué dans notre époque troublée ?
P.B. : Tout dépend du propos. Je n’aurais jamais accepté un film qui aurait fait l’apologie du terrorisme. Et là, ce n’est pas le cas. Nelson est moralement indéfendable dans ce film. On voit clairement que c’est un type qui joue avant tout pour lui. Il est fasciné par le pouvoir et le meurtre. La cause du peuple basque passe bien après, comme pour la plupart des terroristes qui sévissent actuellement. A un moment, dans le film, il se déclare « ennemi du franquisme mais aussi de la démocratie ».Ce qui est plutôt édifiant.
Nelson vit encore, n’est-ce pas ?
P.B. : Oui, il est sorti de prison, pendant le tournage, après vingt-six ans d’incarcération. J’ai simplement un peu plus regardé à droite et à gauche, mais dans l’ensemble ça allait. Je n’ai pas trop flippé…
Etait-il au courant qu’on tournait un film sur lui ?
P.B. : Oui, sûrement, d’autant que tout le monde en Espagne l’était. En fait, le film a été adapté du livre de José Maria Loygorri. Il est, lui aussi, toujours vivant, mais sous une autre identité et avec un visage transformé par la chirurgie esthétique. Il paraît qu’un jour, il est venu sur le plateau de tournage. Mais seul le producteur Melchor Miralles savait qu’il était présent. Miralles est, au départ, journaliste fondateur d’ « El Mundo », un quotidien qui a toujours fustigé l’ETA. Aujourd’hui, il est condamné à mort par l’organisation terroriste.
A part le film « Dias Contados », sorti en 1994, le cinéma ibérique évoque rarement l’ETA. Comment le film a-t-il été reçu en Espagne ?
P.B. : Il a fait plus de 2 millions d’entrées. Un chiffre qui révèle, à mon sens, l’attente des Espagnols sur le sujet. C’est un thème encore brûlant et tabou là-bas.
Un mot sur vos partenaires, Eduardo Noriega et Mélanie Doutey…
P.B. : Eduardo est une star là-bas, mais c’est vraiment un type génial et disponible qui ne se prend pas
Propos recueillis par Sylvain Monier
La séance AVANT-PREMIERE vous propose chaque mois des films inédits en France interprétés par de grands noms du cinéma. En novembre (à partir du 30), CANAL+ vous propose EL LOBO, un film d'espionnage espagnol avec un Patrick Bruel surprenant en terroriste de l'ETA.